Une obligation dès le premier salarié
Le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) est obligatoire pour toute entreprise employant au moins un salarié, quelle que soit sa taille ou son activité. Il transcrit les résultats de l'évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs.
L'absence de DUERP est sanctionnée, mais ce n'est pas l'essentiel : en cas d'accident, c'est la première pièce que demanderont l'inspection du travail, la caisse d'assurance maladie et, le cas échéant, le juge. Un document absent ou manifestement copié-collé pèse lourd dans la caractérisation de la faute inexcusable.
Ce que le DUERP doit contenir
- L'inventaire des risques par unité de travail : un poste, un atelier, une équipe, une activité — découpage à adapter à votre réalité, pas au modèle trouvé sur internet.
- Pour chaque risque : la description de la situation dangereuse et son évaluation (gravité, fréquence d'exposition, maîtrise existante).
- Les mesures de prévention existantes et celles à mettre en œuvre.
- Depuis la loi du 2 août 2021, un plan d'action annuel (ou une liste d'actions pour les moins de 50 salariés) qui découle de l'évaluation.
À quelle fréquence le mettre à jour ?
Au minimum une fois par an pour les entreprises d'au moins 11 salariés, et dans tous les cas lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de travail, ou lorsqu'une information nouvelle apparaît — un accident, une nouvelle machine, un produit chimique différent, une réorganisation.
Point de vigilance : le DUERP doit être conservé dans ses versions successives pendant 40 ans, et être tenu à disposition des salariés, du CSE, du médecin du travail et de l'inspection du travail. Beaucoup d'entreprises écrasent l'ancienne version — c'est une erreur.
Les erreurs les plus courantes
- Le modèle générique recopié : risque « chute de plain-pied » listé pour un atelier de soudage, mais aucune mention des fumées ou du rayonnement de l'arc. Un DUERP qui ne ressemble pas à l'entreprise ne protège personne.
- L'évaluation faite depuis un bureau : sans visite de terrain ni échange avec les opérateurs, les risques réels — ceux liés aux gestes réellement effectués, pas à ceux prescrits — restent invisibles.
- Le document figé : rédigé une fois, jamais revu, avec des mesures « à mettre en œuvre » depuis trois ans.
- L'oubli des risques organisationnels : rythmes, co-activité, sous-traitance, travail isolé, risques psychosociaux.
- Le plan d'action absent : évaluer sans décider d'actions ni de délais vide l'exercice de son sens.
Une méthode simple qui fonctionne
- Découper l'entreprise en unités de travail cohérentes.
- Observer le travail réel : une demi-journée sur le terrain vaut mieux qu'une semaine de documentation.
- Coter chaque risque avec une grille simple et constante (gravité × fréquence × maîtrise) — l'important n'est pas la finesse du calcul mais la comparabilité.
- Hiérarchiser et retenir un nombre réaliste d'actions prioritaires.
- Suivre les actions avec un responsable et une échéance, et boucler l'année suivante.
Un DUERP utile tient souvent en quelques pages claires. Sa valeur ne se mesure pas à son épaisseur, mais au fait que l'encadrement s'en serve pour décider.